Food, Parentalité, Producteurs, Shopping

Le Drive Fermier – Schirmeck

En matière de courses alimentaires, une chose m’a toujours chiffonnée.
Je voyais à la télévision des agriculteurs comme M. Maraîcher manifester parce que M. Supermarché leur achetait 50cts la salade bio et la revendait au client 2€. Moi, je lui aurais bien volontiers acheté sa salade pour 1.20€ à M. Maraîcher. On aurait été gagnants tous les deux.
Mais quand j’allais voir un agriculteur qui faisait de la vente directe, il me proposait en général une salade à 2.50€ soit plus cher qu’au supermarché et j’avais bien l’impression que quelque chose clochait. Sans compter qu’en général j’avais bien du mal à le trouver, cet agriculteur, et que souvent je me rendais compte que la salade il ne la produisait pas, non-non lui il fait juste des patates et les salades il les achète pour arranger les clients, elles viennent de super loin en fait et oui c’est cher madame mais c’est du DiReCT PrOduCTeUR !
Sauf que non, c’en était pas vraiment.

Certains savent très bien utiliser l’argument « direct producteur » pour se remplir les poches…

Quand par chance je tombais sur quelques producteurs qui faisaient de la vraie vente directe, le problème c’est qu’ils étaient à vingt bornes les uns des autres et n’ouvraient pas le même jour, que du coup les courses me prenaient trois mille ans et qu’au final ce que j’économisais sur le ticket je le perdais en essence – sans même parler d’écologie…
Bref je me disais que le vrai circuit court était peut-être une illusion et que pour manger des produits de qualité je devrais attendre d’avoir une paie de cadre.

Et puis on a déménagé en Alsace, j’ai découvert le minimalisme, le blog de Herveline et ses astuces pour revoir son budget alimentaire, j’ai commencé à changer de mode de consommation et un jour je suis tombée sur… Le Drive Fermier (faut le dire avec une voie super chaleureuse en mode « tadaaaa »).
C’était exactement ce que je recherchais. Du direct producteur, varié, de saison, sans la rigidité de l’AMAP, en agriculture raisonnée ou bio et pas trop loin de chez moi, le tout à un prix raisonnable.
Et comme ils sont géniaux et que je les aime beaucoup, je suis allée leur demander de me parler un peu de leur aventure.

La genèse du projet

Tout commence en l’an de grâce 2014, lorsque les communautés de communes de la Vallée de la Bruche et du Val de Villé approchent une poignée d’agriculteurs avec un projet : implanter sur leurs territoires un circuit court de distribution s’inscrivant dans le dispositif de drive de la chambre d’agriculture.
Des études de marché sont réalisées, le projet se précise. En chemin, le Val de Villé se retire de la partie pour favoriser d’autre initiatives mais les agriculteurs de la Bruche décident de poursuivre leur action. Après tout l’investissement est minime et la prise de risque très limitée, ce serait dommage de passer à côté de l’opportunité de découvrir un nouveau circuit de distribution, plus moderne et proche des consommateurs.

Au départ ils sont six, leurs exploitations sont assez proches et pourtant ils ne se connaissent pas encore. Mais cela va vite changer…
On compte à l’origine la Ferme Huckert de Grendelbruch, la Ferme du Chênesire à Steige, le Rucher de Grand-Père à Russ, la Ferme Kobloth de Sélestat et la Ferme de Malplaquet à La Broque – sans compter la Ferme de l’Evreuil qui a depuis changé de main.
Ensemble, ils s’installent dans l’ancien garage de la Croix-Blanche à Schirmeck, que leur fournit la mairie. Un frigo, un congélateur, des casiers et quelques tables, voilà tout ce qu’il faut pour commencer à distribuer les premiers paniers.

L’association bénéficie du support logistique et de l’expertise de la Chambre d’Agriculture, qui leur met le pied à l’étrier pour la communication. Rapidement, d’autres agriculteurs viennent se greffer sur le projet et permettent d’enrichir l’offre, pour le plus grand bénéfice des clients. En 2016, les ventes démarrent sur les chapeaux de roues, dépassant de loin les estimations des études de marché.

C’est quoi un drive fermier ?

Le concept est simple : les agriculteurs mettent leurs produits en ligne sur le site. Les clients qui souhaitent passer une commande s’inscrivent gratuitement et mettent les produits de leur choix dans leur panier virtuel… Comme au drive du supermarché !
Une fois par semaine, les commandes sont préparées et chacun vient récupérer son panier au local de Schirmeck.
On peut planifier ses menus sur la semaine, chiffrer sa liste de courses en direct sans mauvaise surprise. Et tout est de saison.

Les agriculteurs se répartissent les tâches (communication, mise à jour du site, distribution, livraison…) et mutualisent leurs forces pour proposer le plus de produits possible à un prix qui soit juste à la fois pour le producteur et le consommateur.
Pas de commission, pas de pourcentage. Contrairement à d’autres modes de distribution en circuit court, il n’y a pas d’intermédiaires. Le fruit de la vente est directement reversé aux producteurs.
Autre avantage, il n’y a pas d’invendus et tout est payé d’avance, ce qui sécurise les exploitants et leur permet d’ajuster leurs prix au plus avantageux.
Ils évitent aussi les lourdes contraintes qu’impliquerait une permanence. Pas besoin de passer chacun trois heures sur le marché, ils se relaient d’une semaine à l’autre pour faire les distribution et gagnent ainsi un temps précieux. Les charges et les coûts de déplacements sont mutualisés, il n’y a pas de salarié, tout cela représente une belle économie.

Quand arrive le jour de la distribution, producteurs et clients du drive se rencontrent dans une ambiance conviviale. Animations et dégustations de produits ponctuent ces moments de partage et permettent de faire plus ample connaissance.

Des règles strictes et des garanties pour le consommateur

Les membres fondateurs ont établi un cahier des charges strict pour s’assurer de toujours garder l’esprit « agriculture locale ».
Pour participer, un producteur doit être installé dans un rayon de 50km du point de collecte – pour vous donner un ordre d’idée, une Ruche peut sourcer jusqu’à 250km…
La traçabilité doit être absolue et le produit peut subir une transformation, pas plus – à l’exception du pain qui techniquement en subit deux mais bon, vous avez compris le principe.
Les exploitants qui ne sont pas certifiés bio pratiquent au minimum une agriculture raisonnée. Les produits transformés comportent le moins possible d’additifs. Pas question de passer une heure à lire la liste des ingrédients. Le client doit savoir exactement ce qu’il mange, sans mauvaise surprise.

Consommer local, de qualité et moins cher

À qualité égale, je constate des prix en général 30% à 50% moins cher que dans l’hyper à côté de chez moi. Certes, dans l’hyper du coin je trouverais des fruits exotiques, des champignons premier prix pleins d’eau et des steaks hachés moitié viande moitié tendons pour bien moins cher.
Mais j’ai plus envie de manger de mauvaise qualité juste pour gratter un peu de sous alors que dans le même temps je me fais matraquer avec une promo bidon et des produits superflus qui me plombent mon ticket de caisse.
Au final, j’arrive à acheter tout mon frais pour environ 35€/semaine. Je rajoute à tout casser 20€ en épicerie et produits divers – papier toilette, quelques couches comme je ne suis pas en 100% lavable – et je m’en tire pour beaucoup moins cher qu’avant.

Sans dévoiler les prix dans le détail, mon ticket de caisse est divisé par deux par rapport à une grande surface.

C’est simple, au début M. Puma était très sceptique. Mais comme finalement on mange mieux pour moins cher et qu’on ne jette plus rien, il a fini par devenir un adepte du procédé, convaincu par son portefeuille et son estomac conjointement.
En plus, on a appris à découvrir, cuisiner et apprécier des produits que nous boudions jusque-là, à tort. Notre alimentation est par conséquent plus variée aujourd’hui que lorsque nous faisions les courses en hyper. Car quand on y regarde de près, même s’il y a plus de choix on finit toujours par prendre la même chose d’une semaine à l’autre.

Une initiative écologique et créatrice de lien social

L’absence d’intermédiaires, la mutualisation des moyens, l’agriculture raisonnée, le regroupement sur un point de collecte, le commerce local, le respect de la saisonnalité… Tout cela fait du drive fermier une option écolo de choix qui séduit de plus en plus de consommateurs.

Les producteurs ont également à cœur de connaître ceux qui achètent leurs produits, ce qui n’est pas possible lors qu’ils travaillent exclusivement avec la grande distribution. Le client a une place centrale pour eux et le drive leur permet d’entrer en contact direct avec lui pour échanger, connaître ses impressions et ses attentes… Des relations se tissent au fil du temps et le drive est devenu une belle aventure humaine.

D’autant plus que les membres fondateurs, qui ne se connaissaient pas au départ, sont devenus très proches. Au fil du temps, des amitiés se sont nouées et il règne aujourd’hui entre eux une cohésion qui apparaît au premier coup d’œil, ils n’hésitent pas à s’entraider, que ce soit au quotidien ou en cas de coup dur.

Et la suite ?

Après trois ans d’existence, le drive a donné naissance à un second projet complémentaire, le magasin de producteur Pré d’Ici à Wisches. Ouvert deux demi-journées par semaine, le magasin permet de fournir une offre un peu plus souple – pas besoin de commander – en se rapprochant de la vallée.
On y retrouve les mêmes producteurs, plus quelques autres à qui les fondateurs ont décidé d’ouvrir leurs portes afin d’élargir le choix offert aux clients – on y retrouvera notamment le poisson des Sources du Heimbach et les produits de la Ferme d’Ysengrain.

Pour le reste, le Drive Fermier de Schirmeck accueille toujours de nouveaux clients mais aussi de nouveaux producteurs. À bon entendeur…

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