Assassin’s Creed – Motherhood

Il y a des moments où mon ancienne vie me manque. Celle d’avant la maternité, avant les responsabilité écrasantes, la charge mentale débordante. Le temps de l’insouciance où je pouvais impunément allumer la console un vendredi à 20h et jouer jusqu’au dimanche midi en me nourrissant de chips et de M&M’s, en slip et en marcel.

En ces temps bénis, je pouvais faire de la route tant que j’avais de l’essence, manger ce que je voulais quand j’en avais envie, terminer un jeu par mois – ou par semaine de vacances –, prendre une bonne douche chaude à 15h, décider d’aller me balader à toute heure, écrire pendant deux jours sans m’arrêter, boire du thé, mettre un bordel monstre dans l’appart et l’y laisser trois jours, passer deux heures au tel avec une copine, répondre oui à toutes les invitations y compris là, maintenant, on va chez Jean-Guitare qui fait un feu de camp dans son jardin à une heure du matin…
La liberté, mes amis.

Et puis je suis devenue mère.
Alors, tout a changé.

Aujourd’hui j’hésite à prendre la voiture parce que le Flerken ne supporte pas le cosy.
Aujourd’hui je suis en éviction des laitages à cause de son allergie – les restrictions de la grossesse c’était pas suffisant, hein –, je mange quand je trouve le temps et forcément un truc sain parce que si le Jaguarondi me choppe avec du chocolat je devrai partager et elle en mettra partout.
Aujourd’hui je me suis arrêtée à Assassin’s Creed Origins et j’ai jamais pu finir les quêtes annexes. Je me douche quand je peux en trois minutes, je sors me promener quand il faut et sans oublier le sac à langer, je n’ai plus le temps d’appeler mes amies et quand je tente quand même ce sont leurs enfants qui crient derrière elles et on n’entend rien.
Aujourd’hui être mère ne me laisse pas le temps d’écrire sur la maternité. Je dois garder la maison impec pour éviter que mes enfants ne mangent des poils de chien et parce que je ne peux me permettre le luxe d’être en rade de bodies propres, alors qu’il y a du vomi sur tous mes t-shirts et que je ne rentre plus dans mes jeans.
Aujourd’hui quand on m’invite je dois prendre en compte mille paramètres avant de répondre – pas le soir parce que le coucher ne se joue pas à l’extérieur, le midi mais alors comment on fait pour la sieste ? Un goûter c’est mieux mais pas en semaine et attention faut les faire manger à l’heure pile sinon ils deviennent relou… Pour annuler à la dernière minute parce que le Flerken fait une crise de reflux et que je vais pas amener un enfant qui hurle chez les gens, tant pis pour ma vie sociale.

Certes, on ne s’est pas arrêtés de vivre en ayant des enfants. Mais quand même, on doit faire des choix, revoir nos priorités et faire passer en premier ceux qu’on a choisi de mettre au monde, lorsqu’il faut faire le tri dans l’emploi du temps.

C’est quelque chose qui m’a frappée pendant le confinement. Un pote est venu nous emprunter une des consoles. Qu’on n’a toujours pas récupérée vu que, de facto, je ne sais pas bien ce qu’on en ferait actuellement.
On a parlé de la perspective de rester quinze jours enfermés, il m’a dit appréhender l’isolement, l’ennui…
Je lui ai répondu que pour moi, quinze jours avec une console, des chips, des piles de rechange et du porno ça s’appelait « les vacances de Pâques ». Je l’ai regardé s’éloigner avec une pointe de jalousie et je suis retournée faire un puzzle neuf pièces avec le fruit de mes entrailles.

Je suis maintenant une daronne.

Oui, la tentation est forte de regarder comme l’herbe est plus verte chez le voisin, lui qui n’a pas foutu sa pelouse en l’air avec une piscine coquillage et qui a le temps de tondre.
Oui, il y a clairement des moments où je regrette ce temps béni où je n’étais responsable que de moi et où je pouvais me permettre une insouciance quasi absolue ainsi qu’un égoïsme jouissif.

Mais j’aime embrasser le Flerken dans le cou, ça m’arrange bien de ne plus perdre mes journées en trajets inutiles et je ne veux pas lui flinguer l’estomac en mangeant un yahourt parce qu’il est si mignon quand il dort paisiblement. Je me sens dix fois mieux en mangeant sainement et ça ne me gêne pas plus que ça d’attendre que les petits soient couchés pour dégommer une mousse au chocolat de temps en temps. Mes douches sont économiques, je marche plus et ça me fait du bien, j’ai d’autres trucs à raconter à mes amies et on s’envoie des messages pendant la tétée de 4h du matin. D’ailleurs j’ai rencontré plein d’autres daronnes qui sont devenues mes amies. Je note mes idées d’articles pour plus tard, ça me laisse le temps de les mûrir et en attendant je les tweete. Je suis contente de vivre dans une maison propre et rangée ou presque. J’ai tout le temps de rentrer dans mes anciens jeans, d’ailleurs c’est l’occasion de faire un tri.
Je renonce à énormément de choses qui me tiennent à cœur actuellement mais c’est le prix à payer pour une vie de famille sereine, pour pouvoir pleinement profiter de ces instants.
Oui ça me gonfle de louper les super soirées, les anniversaires et de ne pas pouvoir aller faire un feu de camp en fumant un pétard comme si j’avais vingt ans et un stérilet à demeure mais moi j’ai des bisous esquimaux, des sourires de macareux et je vois grandir mes enfants à toute vitesse. Je ne laisserais ça pour rien au monde.

Il y aura d’autres soirées, il y aura d’autres anniversaires, d’autres bonnes bouffes, je pourrai jouer à ces jeux vidéos dans cinq ans…
Alors que mes enfants ne seront enfants qu’une fois. Je n’aurai qu’une chance d’en profiter avec chacun d’entre eux.

Quand ma vie de childfree insouciante me manque, je me rappelle l’importance de rester dans l’instant présent – ce qui ne veux pas dire que j’y arrive, on va pas se mentir.
Je me rappelle aussi que quand j’étais childfree et insouciante, je croisais quand même un peu les doigts pour avoir un jour la chance d’avoir des enfants qui s’endormiraient dans mes bras.

Enfin je me rappelle que tout ça c’est passager, que les moments de liberté reviendront un jour, que les grasses matinées sont juste en pause et que je n’ai pas renoncé à mes loisirs définitivement, que juste avant l’arrivée du Flerken on avait retrouvé un rythme de croisière sympa avec le Jaguarondi. On en retrouvera bientôt un avec le Flerken.

Si tout va bien, quand j’aurai soixante-dix ans, je serai cette mamie qui passera trois jours à manger des chips et des M&M’s dans son canapé pour finir The Witcher 9 – Ressurection. En slip et en marcel.

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