Au quotidien, Parentalité

Le jour où Maman a failli démissionner

Même si cela a été un grand bonheur, la première année avec le Jaguarondi a été particulièrement difficile. C’est un bébé à nos yeux parfait, facile à vivre, adorable. Mais elle souffre d’un RGO sévère, pathologique et aux causes complexes qui l’a faite terriblement souffrir et nous a tout bonnement pourri le quotidien jusqu’à nous plonger dans de sombres abîmes.

Comme si ça ne suffisait pas, nous avons été entourés et avons croisé au début de notre chemin un grand nombre de personnes, professionnels de la santé, de la petite enfance ou de rien du tout, qui nous ont tout bonnement balancé, gratuitement et sans la moindre sollicitation, tout le mal qu’ils pensaient de la façon dont nous élevions notre enfant.
Ce bébé qui n’allait pas bien, c’était forcément notre faute et rien d’autre. Voire, notre bébé allait très bien et nous étions juste de gros tarés à prétendre le contraire – spoiler, je n’ai pas de pardon pour ces gens-là, juste des compte rendus d’imagerie médicale dramatiquement parlants et du mépris.

Photo de Felix Mittermeier sur Pexels.com

Aujourd’hui, je sais que ces manifestations ne sont que le reflet de leurs propres peurs.
Mais à l’époque j’étais à terre et ça a faillit m’achever.

I quit

Lors d’un de mes premiers rendez-vous avec notre pédiatre, je me suis faite tout doucement rappeler à l’ordre parce que je donnais pas régulièrement la vitamine D.
J’étais alors tellement dépassée que neuf fois sur dix je l’oubliais. Je dormais cinq heures par nuit depuis des mois, le Jaguarondi hurlait comme si on la torturait à cause du reflux, je n’avais pas le temps de prendre une douche, même plus le temps de pleurer. La vitamine D était le cadet de nos soucis. Mais oui, je savais que c’était important quand même. Ma fille méritait des soins de qualité, évidemment.

J’ai regardé la pédiatre. Je crois que je ne pourrai jamais oublier ce que je lui ai dit ce matin-là.

Oui, je sais que je ne suis pas à la hauteur. Elle mérite une maman qui s’occupe d’elle correctement et moi je n’y arrive pas.
Peut-être qu’il faudrait lui trouver une autre maman qui serait capable de s’occuper d’elle.

Il y a eu un gros blanc. Des larmes coulaient de mes yeux et je la regardais fixement. Je ne plaisantais pas du tout.
J’étais prête à passer la main parce que mon bébé méritait mieux que moi.
C’est un sentiment affreux.

Elle m’a regardé intensément et m’a dit « La meilleure mère pour cette enfant est devant moi. Ne laissez jamais personne vous dire le contraire. On va tout reprendre depuis le début. Ça suffit ». Je crois qu’à cet instant elle était presque aussi émue que moi.

Elle a fait le point sur ce qui était essentiel et ce qui ne l’était pas. Sur ce qui était prioritaire et ce qui pouvait attendre. Sur ce dont je pouvais me passer et ce que quelqu’un pourrait faire pour moi. Elle m’a expliqué que je n’étais en rien fautive ou responsable, que j’avais fait exactement ce qu’il fallait. Que rien ne valait l’instinct des parents et qu’on gagnerait beaucoup à les écouter de temps en temps.

Ça m’a donné une force énorme.
C’est moi sa mère, et si ça vous convient pas vous pouvez toujours appeler les services sociaux.
À partir de maintenant c’est bibi qui commande et je veux plus entendre une mouche voler.

J’avais un plan d’attaque, une confiance renouvelée en mes capacités.
Quand j’y repense, notre pédiatre m’a sauvée à plus d’un titre ce jour-là. Parce que de vous à moi, quand on est prêt à disparaître de la vie de son enfant qu’on aime plus que tout au monde parce qu’on estime que ce serait mieux pour lui d’être orphelin, c’est qu’on a un peu touché le fond. Inconsciemment, j’étais probablement prête à disparaître tout court. Ouais c’est pas joyeux, mais rappelez-vous que j’étais en manque de sommeil.

Disclaimer : n’en déduisez pas qu’être parent c’est horrible. Être parent m’a apporté tellement de bonheur que même les pires moments comme celui-ci me semblent aujourd’hui négligeables. Genre c’est ultra rentable affectivement.

Mais pour qui se prend-on ?

Ceci est une photo de mon chien, scandalisé par cette attitude.

La société, l’entourage, les gens dans la rue sont très jugeants et n’hésitent pas à exprimer les choses sans filtre et sans égard pour les états d’âme d’autrui. Si on est un peu honnête, on sait qu’on l’a tous fait.
Mais c’est une attitude dangereuse et destructrice que celle qui consiste à miner la confiance en soi de son prochain. Je dirais même que parfois c’est criminel : s’employer à détruire psychologiquement une personne déjà à bout sous prétexte d’agir pour son bien ? Que croyez-vous qui va se passer lorsque cette personne sera en pleine dépression, seule face à son enfant ? Si on le fait, on porte une part de responsabilité dans ce qu’il adviendra par la suite, que cela nous plaise ou non.

Cela peut venir de l’entourage proche, dont l’avis compte tant pour nous. Cela peut venir des soignants, qui sont des experts, des « sachants ». La plupart des jeunes parents attendent d’eux des validations. Mais au fond, c’est un peu con.

Nous ne souhaitons pas forcément construire exactement la même famille que nos parents, nos amis. Nous avons le droit de vouloir autre chose qui corresponde spécifiquement à notre famille à nous, celle que nous construisons. Depuis que ceux-ci ont élevé leurs enfants, on a peut-être appris d’autres choses sur la santé, la pédagogie et tant d’autres sujets. Ce serait intéressant de s’en servir. Le monde a changé depuis l’Âge de Pierre et si on faisait toujours comme nos parents depuis des milliers d’années ce ne serait pas triste.

Venant de soignants c’est très déplacé. Les soignants ne sont pas des éducateurs. Souvent ils n’ont pas d’enfant eux-même. Lorsqu’ils en ont, ils ont parfois dû cumuler leur vie de parents avec des études ou un métier extrêmement demandeur en temps et en énergie et c’est bien souvent leur conjoint qui a pris le gros du boulot de parents. Lorsqu’ils sont jeunes ils ont encore peu d’expérience, ce qu’ils ont appris sur l’éducation vient d’un cycle de 17h de cours et d’un bouquin. Ils ont dû apprendre par cœur des recommandations générales en vue d’un examen. Vous croyez qu’en amphi de médecine on prend le temps de dire qu’il y a mille façons de faire ? Que dans le QCM qu’on leur propose il y a le choix « le parent suit son instinct pour s’adapter aux besoins spécifiques de chaque enfant » ? Des nèfles.
Vous ne prétendriez pas tout savoir en tant que parent après 17h de cours et un bouquin. Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. Alors cette puéricultrice de 23 ans qui se tient devant vous, pourquoi saurait-elle mieux que vous si là, tout de suite, votre bébé a besoin d’un câlin ou d’un peu de distance ? Pour qui se prend-elle à vous dire que vous faites n’importe quoi parce que vous ne le laissez pas pleurer dans son parc ?
On a le droit de distinguer les conseils médicaux des jugement sur l’éducation. Prenez les avis qui vous semblent cohérents avec vous-mêmes.

Et en admettant que la personne en face de vous soit un spécialiste du bébé.
Ce ne sera jamais un spécialiste de CE bébé. Ce bébé, son spécialiste, c’est vous.

Quand je ne suis pas d’accord avec elle, ma maman me dit toujours « Tu n’écoutes personne ! »
Beaucoup de mamans disent ça. Ma maman et moi, on est très différentes. On n’aime pas toujours les mêmes choses. C’est pas grave, c’est comme ça.
Pourtant ça m’a longtemps fait beaucoup de peine. Plus aujourd’hui.
Aujourd’hui je suis capable de répondre « Si, j’écoute plein de gens. Juste pas toi. »

Quand vous doutez, rappelez-vous que ces gens se contredisent les uns et les autres. Alors comment, nom d’un kiwi, pourraient-ils tous avoir raison en même temps ???

Qu’ils aillent au diable

Aujourd’hui je n’hésite plus à remettre les gens à leur place. Souvent on dit qu’au deuxième enfant on ne se laisse plus faire. Je n’ai pas eu le luxe d’attendre le deuxième pour exiger le respect le plus élémentaire.

Je prends mes décisions, je les assume. Ce n’est pas la puer de l’hôpital ou le voisin qui paieront les pots cassés si leurs conseils s’avèrent merdiques. C’est nous. Cette enfant on en a la responsabilité pleine et entière jusqu’à sa majorité et au-delà.
Alors laissez-nous faire notre job, merci bien.

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